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Stéphanie Granger
Modèles déthiquettes
Stéphanie Granger, alias la "trappeuse", explore l'univers de la séduction par la réalisation d'oeuvres multidisciplinaires. Ainsi la trappeuse décide de tendre des pièges. Mais attention, les motivations de la "trappeuse" ne sont pas malicieuses, ou si peu... En fait, elle fait référence à cette séduction, qui, s'appuyant sur le monde des artifices et de l'apparence, menace par son pouvoir de réversibilité. Il y a un danger à être séduite et la "trappeuse" le sait trop bien... Voilà pourquoi elle traque l'univers symbolique (laissant de côté l'univers réel, puisque justement, la séduction nous fait perdre la raison, cette raison qui se donne toute crue et claire, sans défier ni manipuler)
L'artiste personnifie elle-même la séduction en commençant par trafiquer le verbe séduire pour le néologisme "Stéphanir", rejoignant ainsi des préoccupations de l'ordre de l'auto-représentation. La "trappeuse" aura recours à ce néologisme dans le but de qualifier ce qu'elle considère comme une rencontre entre l'étiquette et l'éthique. Lorsqu'on "stéphanit" ces deux mots cela donne: L'éthiquette. Pour Stéphanie Granger il apparaît important de remettre en question, de manière ironique, les rôles sexuels et identitaires: "D'humeur fatale, sorcière ou frivole, j'incarne le féminin dans mon travail comme voie Èvocatrice de mon identité".
Tea Time 1996
Service à thé en sucre dorge
50x50x25 cm
crédits photo : Guy LHeureux
Pourquoi les modèles d'éthiquettes? Le mot modèle peut revêtir nombre de significations allant du héros, du moule jusqu'à l'artiste et son modèle. Mais ce dont il est question ici relève davantage de l'éthique et des bonnes manières régissant la vie au quotidien d'une société. C'est sur cette "éthique agréable" que repose les oeuvres de la "trappeuse".Lorsqu'on "stéphanit" les objets destinés au cérémonial du thé, on obtient le résultat suivant: Tea time, un service de thé en sucre, comprenant théières, soucoupes et tasses. La "trappeuse" a tendu un piège où il y a contradiction entre l'objet moulé et le matériau utilisé. On pourrait qualifier la "trappeuse" de frivole, si son but se limitait à nous attirer par le délice du sucre. Si, par contre, ses intentions cachaient l'envie de susciter le malentendu, l'enjeu se modifie considérablement: "Qu'arriverait-il si je versais du thé à l'intérieur de ces récipients? Non mais tu veux rire de moi petite sorcière? On dirait un conte de Hansel et Gretel où on se paie ma tête en me faisant succomber aux douceurs sucrées cachant une issue fatale..." C'est comme si l'on sentait une ligne bien fine entre le plaisir et la contrainte.
Dune fois à lautre, 1996
Detail from the video installation
crédits photo : Guy LHeureux
Les oeuvres de la trappeuse étant étroitement liées, l'installation vidéo intitulée D'une fois à l'autre, renvoit à l'éthiquette, tout en faisant écho à l'utilisation de la tasse de thé. Encore une fois la sorcière s'amuse à subvertir les codes de représentation. On conçoit ici l'importance et le sens accordé au geste traditionnel répété à l'infini. Lorsque située entre ces deux litanies d'images, la spectatrice est appelée à reconstituer le moment qui s'écoule entre l'image où apparaît le reflet du visage dans la tasse et celle où la tasse vide redescend le long du buste de la buveuse. Tel Narcisse admirant son reflet dans l'eau, la buveuse-séductrice ne s'en remet-elle pas au sort de son propre piège? Entre l'environnement sonore suggérant un endroit public et l'intimité du corps causé par la nudité, la buveuse boit sans cesse ce reflet d'elle même qui l'a séduite.La meilleure façon d'échapper au piège de la séduction n'est-elle pas d'élaborer un stratagème afin d'écarter toute possibilité de représailles? Mais puisque la séduction est derrière ce discours, je doute que notre liberté soit réelle. "Et si, malgré moi, j'aboutissais exactement à l'endroit qu'elle se serait fixée? Comme Daniel dans la fosse aux lions...".
Christine FAUCHER
Stéphanie Granger est né en 1968 à Saint-Jean-sur-le-Richelieu et elle vit et travail à Montréal.
Solo exhibitions 1997 La Centrale, Montréal 1996 Quartier Éphémère, Montréal
Galerie de lU.Q.A.M, Montréal
Group exhibitions 1997 Hôpital Éphémère, Paris
Konschthaus Beim Engel, Luxembourg1996 Galerie La Centrale, Montréal 1995 Musée de Pointe à Caillière, Montréal 1994 Centre des Arts Contemporains, Montréal 1993 Galerie Optica, Montréal
Quartier Éphémère et Stéphanie Granger remercient le Centre dHistoire de Montréal, le Théatre Biscuit, Mathieu Beauséjour et Paul Landon.