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Régine Kolle

À propos de la peinture de Régine Kolle

Comme des fragments suspendus, des traces en quête d'inscription, des signes en attente d'achèvement: exercices fragiles que ceux peints par Régine Kolle. Est-ce l'image qui apparaît brouillée, incertaine? Est-ce la peinture qui ne prétendrait qu'à sa propre présence de traits, lignes, aplats de couleurs, autrement dit ne s'affirmerait que par un jeu de compositions, de formes sans se soucier de coller ni au réel ni au modèle? A la première vision d'un de ces tableaux, le regard cherche à transpercer l'apparent désordre, où à reconstituer une image qui se refuserait à lui. Parfois se perçoit une scène commune, le titre indique un lieu, un territoire, un espace dont l'émergence soudaine aurait eu quelque mal à se frayer un chemin à travers une accumulation de signes. Le tableau est là, insistant, entre composition et décomposition, affirmation et hésitation. On le sait, croire à l'achèvement possible d'un tableau est chose périlleuse. Celui-ci n'est jamais qu'un fragment d'une pensée, ou d'un geste. Régine Kolle assume cette fragmentation. À l'instar d'un monde dans le quel ne cesse de s'enchevêtrer les impressions les plus disparates, les sensations éclatées, comment énoncer les contours d'une peinture qui en serait l'écho?

Cross Over, 1996
Huile sur toile
50.5 cm x 56 cm


Loin de se vouloir un pur travail pictural clos sur lui même, qui traduirait la prétention de finir le tableau, l'œuvre, en s'appuyant le plus souvent sur des images connues, s'insère dans un réseau en perpétuel mouvement, oscillant entre réalisme et évocation. La source des images ne résulte pas d'une expérience directe: elle se fait par le biais de reproductions, provenant de domaines les plus divers: sports, cinéma, bandes dessinées, objets industriels ou naturels, souvenirs d'enfance, clichés éculés de la vie quotidienne...

Q.B.C., 1996
Oil on canvas
95.5 cm * 107 cm


Les tableaux, pour la plupart de petits formats de façon à mieux aspirer le regard, font cohabiter les sujets hétéroclites. Ici l'oeil d'un rapace occupe tout l'espace, là une armée de karatéka rythme la surface d'un motif quasi-géometrique tandis qu'une palette colorée, presque chatoyante, évoque quelque sous-bois de carte postale. Cette collision d'instants, si elle témoigne tant de l'éclatement du monde des images que de la faculté de la peinture de pouvoir encore retracer cet effondrement, est d'une étrange modernité. Les couleurs vives, la rugosité des traces, voire la brutalité des gestes affiment les successions saccadées, les enchaînements chaotiques du monde. Le regard reconnaît mais flotte dans l'indécision de ce qu'il y aurait vraiment à percevoir. L'image s'offre à portée de compréhension, mais les sens s'arrêtent au seuil d'une inquiétude qui sourd du tableau.

La mise crise de la représentation n'en dit que mieux la capacité de la peinture, quand elle n'est ni complaisante ni habile, quand au contraire elle entend affronter des enjeux résolument contemporains, à subvertir. Si l'art est ce qui résiste à la communication, alors le travail de Régine Kolle relève bien de l'art.

Paul Hervé PARSY


Regine Kolle was born in 1967 in Cologne, Germany. She has been living and working in Paris since 1994.
http://www.reginekolle.net/

1996  sept-déc artiste en résidence, Quartier Éphémère, Montréal
1993 D.N.S.E.P. (Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique)
1988-1993 École des Beaux-Arts, Nîmes, Gard, France
1986-1988 Université de Cologne, Allemagne

Expositions
1997 mai:
 février:
Hôpital Éphémère, Paris
“Up to Space, Down to Earth”, Quartier Éphémère, Montréal
1996 mai: Galerie Samia Saouma, Paris



Quartier Éphémère et Régine Kolle remercient l’Association Française d’Action Artistique, le Ministère de la Culture et des Communications, France, D.A.I. et D.A.P., l’Office Franco-Québécois pour la Jeunesse, la compagnie Hagen et le Goethe Institut.